Bertrand Chameroy : « La télévision c’est comme à la Poste : il y a des conflits entre des gens qui veulent grimper »

Juin 2017. Fin de saison pour l’émission OFNI, l’info retournée présentée par Bertrand Chameroy. Après une longue pause suite à son départ de l’émission Touche Pas à Mon Poste, l’animateur est revenu dans cette émission sur W9, chaîne où il était censé devenir la tête d’affiche. Nombreux changements de programmation, audiences en dents de scie,… pas facile pour OFNI d’exister dans le PAF. Rencontre avec Bertrand Chameroy pour faire le point sur cette saison.

[Propos recueillis le 9 juin 2017, à la Plaine Saint Denis.]

Autant parler du sujet qui fâche directement : L’année dernière, lorsque ‘Télé Loisirs’ t’a demandé ton avis sur les changements dans Touche Pas à mon Poste, tu as répondu « Je préfère fermer ma bouche et on en reparle en juin ». Nous sommes en juin. Bilan ?

Honnêtement, je ne regarde plus l’émission. J’y suis allé deux fois en tant qu’invité cette année, je vois certains extraits dans les zappings, j’ai vu les polémiques mais honnêtement je ne préfère pas donner mon avis.

Tu n’as pas entièrement disparu de TPMP puisqu’on a pu te revoir à plusieurs reprises dedans, c’est important pour toi de ne pas complètement briser le « lien » qui te rattache à l’émission ?

Oui, je suis parti pour des raisons qui me regardaient mais j’ai pleins d’amis dans l’équipe. Avec Cyril, on a eu une période pendant laquelle on ne se parlait plus trop et là on s’envoie des textos, on se parle. J’ai passé quatre ans de ma vie là bas, c’est grâce à TPMP aussi que j’ai pu faire ce que je fais aujourd’hui donc oui, malgré tout, je resterai toujours attaché à l’émission et à l’équipe.

— C’est bon on ne parle plus de TPMP 

Dans une interview, Michel Denisot a dit en parlant de toi : « C’est le leader de sa génération. Dans 15 ans, ça sera lui le patron ». Ça fait quoi d’entendre ça de la part de celui à qui tu écrivais les fiches il y a quelques années ?

C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Quand j’ai vu ça, je n’y croyais pas, je lui ai envoyé un message pour le remercier et il a confirmé ce qu’il avait dit dans l’interview. Je réalise même pas, c’est génial, c’est une des personnes qui m’a donné envie de faire ça donc c’est… surréaliste.

« J’ai bien souffert de la case du dimanche soir »

L’équipe d’OFNI a beaucoup changé durant l’année, avec des arrivées éclair, des départs auxquels on s’attendait moins, comment expliques-tu que les changements dans OFNI aient été plus intenses que dans d’autres émissions ? 

Je ne pense pas qu’ils soient plus importants que dans les autres émissions. Nous on est partis en se disant « C’est notre première saison ». Il y a un an, j’étais chroniqueur et j’avais fait trois primes sur C8, c’est tout. Donc je m’étais dit « C’est la première année », on teste des choses, on voit, on fait un tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas. Là pour préparer le best-of, on a regardé toutes les émissions, donc il y a des trucs qu’aujourd’hui je ne referais plus. Mais honnêtement il n’y a pas plus de changements. Je pense que si on reprend le Grand Journal la première année, ils avaient des petites marionnettes sur la table qui ont duré 6 mois. Toutes les émissions se cherchent un peu jusqu’à trouver ce qu’on pense être la bonne formule.

C’est important pour toi d’être entouré de personnes que tu côtoies depuis plusieurs années ? (Nico, Romain Ambro, Cartman, Pierre…) 

Ah oui, pour moi le premier truc qui me motivait, c’est qu’on (Stéphane Gateau et Jérôme Revon, les producteurs) m’a dit  « Tu construis une équipe pour toi, tu prends qui tu as envie de prendre » et par exemple Nico (aka Denis Dunette dans l’émission) a fait de l’antenne cette année alors que ce n’est pas du tout son métier. J’avais envie et surtout ce qui m’a fait plaisir, c’est que toutes ces personnes, quand je les ai appelées, en leur proposant de venir, elles n’ont pas réfléchi et m’ont dit « Oui on vient ». Donc on prépare l’émission entre potes et c’est cool.

À part la case de l’access, quelle case horaire aurais-tu immédiatement refusé si les patrons de W9 te l’avait proposée ?

Moi c’est vraiment l’access parce que c’est trop tôt. Après les autres, je ne sais pas, il n’y a pas de mauvaises cases mais celle du dimanche 21h, j’en ai bien souffert cette année. Après tout dépend de l’émission qu’on a, par exemple la case du midi ne me dérange pas mais OFNI le midi, ça n’aurait pas d’intérêt.

Un mot pour ceux qui t’insultent le samedi soir quand tu t’incrustes toutes les 5 minutes pendant les Simpson ?

Ah je les comprends. Je trouvais l’idée de s’incruster marrante mais l’autre fois j’ai regardé les Simpson avec mes petits cousins et même moi j’ai dit « On zappe » parce que j’ai compté, c’était toutes les deux minutes, c’est horrible. Donc je suis désolé, je n’y suis pour rien.

« Je ne veux pas blesser les gens »

Quelle est la limite pour toi à ne pas dépasser dans l’émission ? Concernant le contenu, les parodies, les sujets à évoquer…

Il faut que ça reste drôle. Je ne veux pas blesser les gens, après parfois même si on est en hebdomadaire, on fait des erreurs, on peut être trop en dessous de la ceinture alors que c’est un truc que je n’aime pas et parfois on a tendance à aller vers la facilité. Mais la limite c’est que je ne veux pas blesser les gens.

OFNI, que ce soit en prime ou précédemment en deuxième partie de soirée, réalise des audiences moyennes et pourtant les commentaires sur les réseaux sociaux sont majoritairement très bons. Toutefois on ne retient que les chiffres et pas les mots, alors est ce que les audiences doivent être reines au royaume de la télévision ?

Aujourd’hui oui, malheureusement. D’un côté oui parce qu’on est sur des chaînes qui ont des objectifs, qui doivent faire du chiffre, vendre de la publicité etc. Effectivement on a été épargnés sur Twitter et par la presse, ce qui est hyper rare mais effectivement on ne retient que les chiffres parce qu’aujourd’hui il y a Twitter, il y a les blogs médias. Et c’est valable aussi pour les dérapages dans les émissions. Il y a 20 ans, les audiences tout le monde s’en foutait, on ne savait pas si ça avait marché ou pas, ou au pire ça faisait une brève. Donc aujourd’hui oui ça a pris malheureusement une place qui est bien plus importante que celle qu’elle devrait avoir.

Quel est ton métier ? Animateur ? Journaliste ? 

Je ne sais pas trop, c’est un mélange de pleins de trucs. J’ai une formation de journaliste mais je me considère pas comme journaliste. Je ne pense pas être animateur. Je ne sais pas comment on appelle ça… je dirais que je suis un saltimbanque.

On dit souvent de toi que tu es un vieux dans un corps de jeune, du coup, te verrais-tu plus à la présentation des Chiffres et des Lettres, de Questions pour un Champion ou de Vivement Dimanche ? 

À choisir je préfère Vivement Dimanche, si j’ai le droit de le faire à ma sauce.

Est ce que la casquette de chroniqueur est rayée de ton panel d’activités ou envisages-tu de reprendre ce rôle plus tard ? 

À l’heure qu’il est ce n’est pas prévu mais je n’ai pas de plan de carrière donc si on me propose un poste de chroniqueur qui m’intéresse, ça ne me dérange pas, je n’aurais pas l’impression de régresser. Mais après c’est sûr que quand pendant un an tu as un truc où tu es dans ton propre studio, avec ta propre équipe, tes invités et où tu peux faire ce que tu veux, il y a une frustration si derrière tu reviens faire juste une chronique.

Pour qui fais-tu ce métier ?

Pour plein de monde. En premier lieu c’était pour moi, égoïstement pour réaliser mon rêve de gosse. C’est aussi pour ma famille qui m’a soutenu depuis le début et puis là maintenant c’est pour les téléspectateurs, pour les équipes. Mais je suis hyper content que, malgré les audiences qu’on a eu et les déplacements de case, on a quand même un socle de 200 000 personnes qui nous ont suivi et qui nous soutiennent tout le temps et moi ça m’étonne, je suis toujours surpris, je n’ai pas l’impression que les gens voient ce que l’on fait.

Est ce que la télévision est un milieu aussi tragique et dangereux comme beaucoup le disent ?

Oui mais comme dans pleins d’autres milieux je pense. Si tu as suffisamment de recul sur le métier, sur les gens, leurs motivations et leurs intérêts, tu peux t’en sortir. Mais oui bien sûr qu’il y a de la manipulation, des stratégies, mais comme dans pleins d’autres métiers. Je pense que c’est pareil à la Poste, il y a des conflits entre des personnes qui veulent grimper.

La question que tu ne veux plus jamais entendre de la part des journalistes qui t’interviewent ? 

« Est ce que c’était vous la taupe ? », « Est ce que vous avez des nouvelles de Jean-Marc Morandini ? » et « Est ce que vous allez revenir dans TPMP ? ».

À toi de compléter la phrase. « Instant promo : OFNI c’était tous les dimanches soirs ou presque sur W9 à 21h, et courant juillet avec le meilleur de l’année 2017 et la saison prochaine, Bertrand Chameroy sera à retrouver sur… ? »

À l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas, parce que ce sont toujours des périodes un peu « bâtardes », les périodes de juin, du mercato, parce qu’on négocie des choses pour l’an prochain, on a des propositions, il faut arriver à faire le tri mais moi je rêve de faire OFNI saison 2.

[Question bonus] Tu as dit dans plusieurs interviews que tu pourrais faire fleuriste si tu arrêtais la télévision, donc quel est le prix d’un bouquet de trente roses rouges ?

(Rires) [Je déteste ces interviews où il y a marqué « Rires » mais bon là c’est mon interview donc je fais ce que je veux] OK Jean Jacques Bourdin. Alors ça dépend où tu les achètes mais 30 roses rouges c’est au moins 40€. (La réponse était 30€ environ pour ceux que ça intéresse vraiment)