Engrenages : la série qui relève le niveau français

Énorme coup de cœur pour la série made in Canal+ (et oui ils savent encore diffuser des bons programmes) Engrenages. Très sombre, très trash, très réaliste et surtout très qualitative, cette série est sans aucun doute l’une des meilleures séries françaises à l’heure actuelle. Analyse.

Alors oui, quand on entend les mots « série » et « française » juxtaposés dans une phrase, on pense tout de suite à Joséphine Ange Gardien ou Camping Paradis et on se dit : « Bwais » (ou toute autre sorte d’onomatopée mêlant indifférence et dégoût, à vous de choisir). Souvent mielleuses, parfois mal jouées, les séries françaises sont souvent critiquées pour de multiples raisons et délaissées par les téléspectateurs, les jeunes pour ne pas les nommer, qui préfèrent s’aventurer sur Netflix et autres sites de streaming pour regarder des séries américaines telles que Game of Thrones ou How to get away with Murder.

Engrenages est une série policière ayant été créée en 2005 et si je vous en parle aujourd’hui c’est que de 1) Je viens de finir de la regarder (un peu de logique ne fait pas de mal) et de 2) la saison 6 s’achève ce lundi soir sur Canal+. Portée par Caroline Proust, Grégory Fitoussi, Audrey Fleurot, Thierry Godard et j’en passe, cette série s’articule entre de mulitples protagonistes évoluant au sein de la police judiciaire de Paris et le Palais de Justice de la capitale.

Une série policière comme les autres ? Non.

Quand on regarde Julie LescautAlice Nevers ou RIS Police Scientifique, on fait vite le tour en termes de causes de la mort : tué par balles, égorgé, suicidé… Cela reste très édulcoré, regardable par tous ou presque, en un épisode c’est bouclé et basta. Dans Engrenages, ne vous étonnez pas de retrouver des bouts de corps un peu partout tout au long de la saison, des enfants voire nourrissons morts, des femmes trouées (le mot est même faible) et j’en passe : la série est assez hard niveau meurtres (d’où la signalétique -12 ans pour certains épisodes) mais c’est cela qui rend la série différente des autres. Les meurtres sont originaux, les histoires sont complexes, les liens entre chaque personnage sont parfois indéchiffrables. Beaucoup de violence et beaucoup de sang, tout est réuni pour que ce soit une série policière. Mais là où Engrenages va plus loin dans le genre c’est d’une part dans l’absence de glorification de la police. On y voit de nombreuses bavures et violences policières, les coups sur les suspects fusent, les injures et manquements de respect sont nombreux, les arrestations sont très musclées, mais le réalisme est là. Les policiers ne sont pas montrés comme des héros qui réussissent dans tout ce qu’ils entreprennent, ici on rate les courses-poursuite, on frappe les prévenus, on voit des prostituées.

Un réalisme et une justesse toujours présents

Comme expliqué juste au dessus, Engrenages est une série très réaliste. Ici, pas de logiciels informatiques permettant de savoir où se trouve le tueur grâce au son de l’oiseau qu’on entend au loin dans un enregistrement (ce logiciel apparaît réellement dans un épisode de RIS Police Scientifique), mais des scènes plausibles, notamment grâce à la co-écriture effectuée par des spécialistes de la procédure pénale française et une inspiration de réelles affaires ayant eu lieu auparavant, comme dans la saison 5, influencée par l’affaire Neyret, investigation portant sur des suspicions de corruption de fonctionnaires de la Police judiciaire.

Et le réalisme ne s’arrête évidemment pas dans les scénarios, il réside également dans le talent d’acteur des protagonistes. Et là où certaines séries s’apparenteraient presque à du Petits Secrets entre Voisins dans le fond et dans la forme, les équipes de production d’Engrenages ont choisi un florilège d’acteurs tous plus bons les uns que les autres. Je ne pourrais tous les citer mais gigantesque coup de coeur pour Audrey Fleurot, avocate du nom de Joséphine Karlsson autant imbuvable qu’attachante qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins, en prenant un savoureux plaisir à défendre les personnages les plus monstrueux de la série, s’en mordant les doigts parfois, se relevant toujours. Autre coup de coeur pour Philippe Duclos, juge François Roban dans la série, personnage très intéressant dans son évolution, le journaliste Pierre Sérisier indiquant très justement : « Roban est un individu solitaire, abandonné à sa finitude et à ses limites. Sa grandeur tient au fait qu’il ne les accepte pas comme tels, qu’il porte en lui la conviction que l’intelligence et une forme de roublardise peuvent lui permettre de dépasser ce qu’il est, et de s’accomplir en réussissant là où d’autres auraient renoncé. […] Il y a en lui une sincérité désarmante et une forme de revanche. » (article intégral à lire ici). Alors bien sûr je pourrais faire une éloge de chacun des personnages, mais je vais vous laisser vous faire votre propre avis.

En clair, il FAUT regarder Engrenages. Puissante, intense, violente et toujours juste, cette série a de quoi rivaliser voire même surpasser les standards du genre comme les ExpertsNCIS ou Esprits Criminels. Dépoussiérant surtout le genre du policier à la française, Engrenages surprend par son originalité dans l’écriture, intrigue grâce à ses meurtres atypiques, ravage l’esprit avec des histoires extrêmement bien conçues et déconcerte par ses fins dignes de cliffhangers américains. On attend désormais la saison 7 avec impatience.