Black Mirror : et une saison de plus pour nous chambouler l’esprit

A l’instar de Stranger Things, Black Mirror fait partie de ces séries Netflix dont vous avez entendu parler au moins UNE fois. Impossible d’être passé à côté de ce phénomène tant la complexité, l’intelligence et le reflet de notre société sont perceptibles et forcent le visionnage.

Créée fin 2011, Black Mirror oscille parfaitement dans l’Art de nous faire peur tout en nous faisant réagir sur notre rapport aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, sans pour autant aller dans l’invraisemblable. Et bien qu’allant vers la science-fiction dans certains épisodes, on se dit que plus rien n’est impossible désormais, avec cette expansion quasi permanente de la portée d’Internet et autres technologies dans nos vies.

Des exemples de plus en plus réels

Saison 3. Episode 1. Cet épisode est clairement l’un des plus agréables à regarder toutes saisons confondues. Ambiance colorée et minimaliste, à l’image d’un Instagram vivant, monde fait pour être montré et se montrer. Ici tout le monde se note. Si vous avez 5/5, vous être un V.I.P, et à contrario, si vous avez 4/5 ou moins, adieu maisons cosy et fêtes entre amis : vous êtes rejeté. Alors on peut se dire que ceci est un peu forcé, tiré par les cheveux, comment NOUS, petits êtres humains gentils et adorables que nous sommes, pourrions-nous noter nos congenères jusqu’à les priver de vivre ? Et bien si, cela existe, le plus célèbre exemple ? Uber. A chaque fin de trajet, vous devez noter votre chauffeur, et si bien souvent les notes restent correctes, d’autres se font parfois retirer leur attestation de chauffeur Uber pendant plusieurs jours à cause d’une moyenne de 4.75/5. Odieux n’est ce pas ? Et cela pourrait s’arrêter là mais malheureusement non.

Cet épisode de Black Mirror est nettement celui qui se rapproche le plus de notre quotidien actuel, celui de la dictature des likes, retweets et j’aime. Encore un exemple ? Lulu, application qui permet aux femmes de noter… leurs ex petits amis à travers des catégories toutes plus burlesques les unes que les autres : « Est-il drôle ? », « Embrasse t-il bien ? » etc. Plusieurs millions d’utilisatrices, en grande partie aux Etats Unis, s’amusent donc jour après jour à noter des hommes tels des marchandises ou services. Imaginez seulement une seconde l’application dans le sens inverse… Dernier exemple en date ? La Chine. Le pays au milliard d’habitants prévoit d’ici 2020 d’installer un système de notation pour l’ensemble de ses citoyens. Le principe ? Si vous achetez made in China ou si vous êtes performant au travail : un bon point. Si vous traversez le passage piéton au rouge ou si vous avez des opinions politiques non-conformistes : un malus.

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Ces différents exemples prouvent que l’univers de Black Mirror n’est vraiment pas éloigné du notre et certains phénomènes récents attestent davantage cette proximité.

Parmi toutes les nouveautés annoncées lors de la Keynote d’Apple qui s’est tenue le mardi 12 septembre dernier, le très onéreux iPhone X a retenu l’attention. En plus de son système de reconnaissance faciale, il a aussi la faculté d’utiliser les « animojis », avatars animés qui reproduisent les expressions d’un visage humain lorsque vous envoyez un message. Une révolution signée Apple ? Pas tant que ça, car cette invention a déjà été vue quelque part. Dans Black Mirror bien sûr, encore et toujours. En saison 2 plus précisément, à l’occasion d’un épisode intitulé ‘The Waldo Moment’. Dans cet épisode, Waldo est un personnage fictif qui s’anime grâce aux expressions d’un acteur. Et le petit Waldo devient si grand que, de fil en aiguille, il se présente aux élections législatives britanniques et acquiert une stature internationale. Du spectacle bon enfant, on glisse à la politique, et enfin à la politique-spectacle animée.

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Une saison 4 à la hauteur des autres

Passés ces exemples plus effrayants et alarmants les uns que les autres, revenons à la dite saison 4 de Black Mirror. Si la plupart des épisodes reste comme à chaque fois époustouflante et interloquante, deux épisodes en particulier se détachent pour moi du reste de la saison : ‘Hang the DJ’ (épisode 4), un des très rares épisodes de la série qui se termine relativement bien et ‘Black Museum’ (épisode 6), un épisode à couper le souffle, tant par son aspect peu ragoûtant que par sa fin stupéfiante. S’en suivent ‘USS Callister’ (épisode 1), ‘Akangel’ (épisode 2), ‘Metalhead’ (épisode 5) et ‘Crocodile’ (épisode 3), de mon humble avis.

Et puis pour ceux qui n’auraient toujours pas eu l’immense plaisir de s’angoisser devant Black Mirror, voici mon top 5 des épisodes à regarder de toute urgence :

1) ‘Shut up and Dance’ (Tais toi et danse)

Haletant. Glaçant. Un jeune homme se voit confier des missions plutôt absurdes voire dangereuses et illégales sous peine de voir ses activités plus que tendancieuses devant son ordinateur éclater au grand jour suite à un piratage de ce dernier, à l’instar d’autres utilisateurs. De bout en bout, cet épisode prend aux tripes et nous laisse méfiant face au danger que peut représenter la webcam de notre ordinateur (personnellement, j’ai mis du scotch dessus depuis pour être sûre). Si vous souhaitez commencer Black Mirror en vous plongeant directement dans l’anxiogène atmosphère de la série, le troisième épisode de la troisième saison va vous oppresser comme il se doit.

2) ‘Nosedive’ (Chute Libre)

Déjà évoqué plus haut dans cet article, cet épisode nous plonge dans une ambiance girly où tout le monde se note, où tout réside dans l’apparence et l’attitude, où le jugement est fait d’un seul coup d’oeil, en se croisant dans l’ascenseur ou en prenant un café au Starbucks du coin. Un monde pas si éloigné du notre donc, où la jeune Lacie devra faire ses preuves et gagner des likes pour vivre dans la maison de ses rêves.

3) ‘Hang the DJ’ (Pendez le DJ)

Seul épisode de la série qui se termine bien, hallelujah bordel ! Et si chacune de vos relations avait une date de péremption ? C’est dans ce monde que vivent les protagonistes du quatrième épisode de la dernière saison deBlack Mirror. Mais Frank et Amy, lassés de cette technologie qui réduit à néant tous leurs espoirs d’une vie posée et heureuse, vont défier les lois de leur coach en séduction, et s’aventurer à une histoire sans limite. Passionnant et intriguant, cet épisode nous fixe une seule question en tête : voudrions-nous savoir ce de quoi demain sera fait ?

4) ‘The National Anthem’ (L’Hymne national)

Premier épisode de la toute première saison de Black Mirror et Dieu sait qu’il en a traumatisé certains. Imaginez, vous découvrez une toute nouvelle série et hop ! Premier épisode : le premier ministre britannique doit avoir un rapport sexuel avec un cochon devant le pays tout entier sous peine de faire tuer la princesse Susannah, une des figures de la famille royale et véritable icône dans l’ensemble du territoire. Avouez que cela a de quoi surprendre. Mais Charlie Brooker, le créateur de la série, a réalisé ici un véritable coup de maître, montrant dès le premier épisode les dérives des réseaux sociaux, ici Youtube et Twitter, et les fondements de sa série. Un épisode trash mais pas gore, rassurez vous.

5) Black Museum

Dernier épisode en date de cette série d’anticipation, ‘Black Museum’ nous plonge dans une ambiance sanguinolente et sombre, à travers la visite d’un cabinet des curiosités particulier où s’entreposent objets issus des inventions farfelues d’ingénieurs, instruments de torture et jouets quelconques, tous ayant conduits à la mort de certains, au malheur de la plupart. Et si l’épisode peut sembler long et sans réel fil conducteur, il se termine en apothéose, entre feu, sang et colère, bouleversant totalement notre esprit et n’étant pas loin de nous faire verser quelques larmes.

Mais aussi : ‘USS Callister’ (S4E01), ‘White Bear’ (S2E02), ‘Hated in the Nation’ (S306)… et puis tous les autres en fait.

En clair, Black Mirror est une série nécessaire. Angoissante, anxiogène, stressante, tant sont les qualificatifs pouvant décrire cette série d’anticipation, tant elle traite de sujets épineux et divers. Chaque histoire est indépendante mais met à chaque fois le doigt sur ce qui était dit de « progrès » il y a encore quelques années et qui est désormais décrit comme « danger ». Réalité virtuelle, pistage, Twitter, robots, puces implantées dans le cerveau, le numérique est pointé du doigt, le trait est grossi, mais le crayon reste le même. Non Black Mirror n’anticipe pas 2218 mais bien 2019, ou peut être 2020, dans tous les cas ses alertes transmises ne sont pas à prendre au second degré. Mais est-ce vraiment cela le progrès ?