Le phénomène Bilal Hassani suscite de nombreuses questions

Au terme d’une séance de résultats synonyme de montagnes russes dans l’émission Destination Eurovision, c’est sans grande surprise Bilal Hassani qui a été choisi pour représenter la France au concours de l’Eurovision le 18 mai prochain en Israël. Un nouveau chanteur qui ne laisse personne de marbre, et qui laisse planer de nombreuses questions dans le monde médiatique.

Pour ceux qui vivraient dans une grotte depuis quelques temps, Bilal Hassani est LE nouveau phénomène tout droit venu des réseaux sociaux et plus particulièrement de YouTube, s’appuyant sur le célèbre adage « Vous ne le connaissez peut être pas, mais vos enfants en sont fans ». Il s’est fait connaître au grand public dans The Voice Kids mais surtout par une vidéo intitulée : « Bonsoir Paris en 21 langues » mais également par une reprise en chanson d’un autre phénomène de 2018 : « Djadja » d’Aya Nakamura.

Voilà, les bases sont posées. Véritable porte-étendard de la communauté LGBTQ+, Bilal Hassani a su créer son public grâce aux réseaux sociaux et c’est aujourd’hui grâce à ceux-là qu’il s’est vu propulsé sur le devant de la scène médiatique nationale avec l’annonce de sa candidature pour Destination Eurovision, le 6 décembre dernier. Suscitant un élan de haine de la part de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux et un élan de révolte de la part de tous ses fervents admirateurs, Bilal Hassani nous amène à nous poser une vraie question : peut-on le critiquer ? Peut-on le critiquer sans passer pour un énorme réac’ raciste et homophobe ? C’est la réelle question qui se pose à la suite de cette ascension spectaculaire. En effet, dès que l’on ose poser un avis plus tempéré ou simplement négatif, hors du « Oh la la Bilal est génial, vive lui », de nombreuses personnes se voient vociférées dessus par certains fans du chanteur. Alors que BREAKING NEWS : on peut ne pas aimer Bilal Hassani tout simplement, pas parce qu’il est gay ou parce qu’il porte des perruques, mais simplement parce qu’on n’aime pas cette personne, sa personnalité ou ses avis, comme on pourrait ne pas aimer Garou ou Booba.

Et même si le message de « Roi », la chanson que Bilal Hassani interprétera lors du concours, est fort et a un certain impact auprès d’une grande partie de la communauté LGBTQ+, mais il ne faut pas oublier que l’Art est subjectif et qu’une chanson et un artiste ne peuvent pas plaire à tous.

Une autre question se mêle aussi au débat (presque grand et presque national) : les réseaux sociaux sont-ils désormais les nouveaux dirigeants du monde culturel et médiatique ? Si tous les juges internationaux du concours Destination Eurovision avaient vite balayé Bilal Hassani d’une possible victoire hier soir, en ne lui accordant que 50 points au total, a contrario de Seemone (qui pleurait déjà sa victoire, karma…) ou Silvàn Areg qui trustaient le haut du classement presque sans discontinuer, c’est le vote du public qui l’a largement sauvé, avec 150 points supplémentaires. Comme ça, d’un coup, d’un claquement de doigts comme Mimie Mathy, Bilal Hassani est passé de cinquième, d’une défaite cuisante et surprise de tous, à une victoire impressionnante et synonyme de soulagement pour beaucoup. Une remontada possible grâce aux réseaux sociaux, où Bilal et de nombreux influenceurs et autres youtubeurs (Nabilla, Sullivan Gwen etc.) ont appelé au vote pour lui. Une victoire qui n’échappe pas non plus aux politiques, comme Mounir Mahjoubi, Anne Hidalgo ou Marlène Schiappa qui ont tous trois félicité Bilal sur leurs comptes Twitter.

La puissance des réseaux sociaux a donc primé sur la notoriété, preuve en est avec les places au classement des deux piliers de la variété française : Chimène Badi et Emmanuel Moire, respectivement troisième et quatrième. 2 500 000 albums vendus pour finir en PLS face à 120 000 followers sur Twitter. Chimene aurait quitté le plateau en fredonnant : « Entre nous, c’est le temps qui s’enfuit qui s’en fout. »