Le Plateau Télé de… Tanguy Pastureau

Le Plateau Télé ne cesse de vous offrir une collection d’interviews de personnalités des médias. Quel est leur programme préféré ? L’animateur qui les fait zapper ? Leur plateau télé idéal ? En ce samedi, on se fait un petit brunch avec l’humoriste Tanguy Pastureau, présent à la télévision dans Les Terriens du Dimanche sur C8 et à la radio dans La Bande Originale de Nagui sur France Inter. Un sacré plateau télé, apéro-entrée-plat-dessert avec son soupçon de cocasseries. À savourer sans modération.

  • Le programme que vous ne manquez sous aucun prétexte ?

C’est affreux à dire, mais aucun. Je suis très volatile et très peu fidèle (en ce qui concerne la télé uniquement). Je passe d’un programme à l’autre sans vergogne. Si je devais dire le nom d’un truc que je regarde depuis longtemps et de manière régulière, je vous répondrais « Pawn Stars », sur CStar. Je suis assez fasciné par ces gens qui apportent un autographe de Michael Jackson ayant soi-disant une valeur inestimable et qui réalisent après analyse qu’il s’agit en réalité d’un autographe de Tito Jackson, le frère de l’autre, qui ne vaut rien. J’aime que les gens soient déçus, car je suis méchant.

  • Votre série du moment ?

« Borderliner » sur Netflix, une série norvégienne. J’aime les séries nordiques, sombres, glacées, peuplées de flics coincés émotionnellement et de tueurs rigides. J’ai l’impression de contempler le visage d’Alain Juppé, mais en série. Sinon, j’aime les Mystères de l’Amour, composé de l’équipe d’Hélène et les Garçons mais 25 ans après. Et en plus trash : Nicolas est accusé d’un meurtre, José fait un ménage à trois, la plupart sont soit devenus camés soit échangistes. C’est une série très profonde sur la décrépitude du genre humain et la vieillesse, le gouffre, la mort. Très sous-cotée.

  • L’animateur ou animatrice que vous suivez, peu importe son émission ?

Ardisson. Avant de travailler à ses côtés, j’étais fan de ses émissions. Plus jeune, je regardais Double Jeu, tard le samedi soir, et pour l’époque, c’était rock’n’roll. J’ai même participé au casting de Free One, une chaîne du câble qu’il a failli lancer dans les années 90 et dont le concept était de faire du live toute la journée (soit le même que Direct 8 première époque, mais sans la mascotte à la con qui venait bouger ses plumes).

  • L’animateur ou animatrice qui vous fait zapper ?

Aucun, l’animateur n’a pas pour moi une importance folle. Je suis plus séduit par les concepts et les idées d’émission. Le tirage « My Million », par exemple, est l’une de mes émissions préférées : toute cette mise en scène pour, une fois sur deux, annoncer que personne n’a remporté la cagnotte, c’est machiavélique. Les gens qui font ça vouent une haine féroce à l’humanité.

  • Le programme devant lequel vous ne voulez que personne ne vous dérange ?

Les Grands du Rire, sur France 3, au moment de la séquence avec Karen Cheryl et Henry-Jean Servat. Ils retracent chaque semaine le destin brisé d’une star morte, ce qui est très large, puisqu’à partir du moment où celle-ci est décédée, par essence, son destin est brisé. Une semaine sur trois, il s’agit de Joe Dassin, dont je sais désormais tout, par exemple qu’il chaussait du 43, sauf quand il achetait ses boots blanches en tapir indien, qui là taillaient en 44. Et puis, j’aime que les choses ne bougent pas, puisque je suis conservateur. Donc le fait que Servat et Cheryl soient toujours là en 2044 me rassure. Ce sont des amis virtuels, quand ils apparaissent, je caresse l’écran (en me léchant les lèvres).

  • Le programme que vous préférez partager avec des amis ?

Aucun, quand j’ai des amis avec moi, la télé est éteinte. On joue à la belote en buvant des Picon bières. Ou des Spritz s’il y a des dames. A la rigueur, une ou deux fois, il a pu arriver que la télévision reste allumée sur une chaîne de clips tournant en mode robinet, mais les tubes actuels sont tellement désespérants qu’en général, j’éteins vite. Plutôt crever la gueule ouverte que de me farcir du Maître Gims.

  • Le programme honteux que vous regardez mais que vous n’assumez pas ?

Les soirées Thema d’Arte. Trop de références, trop de réflexion, trop de costumes nazis. Je sens que le lendemain, je ne pourrais pas discuter avec mes collègues de travail, autour de la machine à café, du nazisme, car le sujet est anxiogène (et j’ai peur de découvrir, à propos de certains, qu’ils sont séduits par le nazisme). Je m’abstiens donc et je regarde Arte la porte fermée, le son sur mute, essayant de lire sur les lèvres d’Hitler l’ensemble des horreurs qu’il a pu dire (car il était sans filtre).

  • Votre meilleur souvenir télé ?

Le Disney Channel, en 85, sur France 3. L’émission passait le samedi soir, il y avait Winnie l’ourson (présenté par Jean Rochefort), puis Zorro, et la voix de Donald le canard était faite par Guy Montagné. C’était un assemblage improbable de productions Disney, mais c’était le seul moment télé Disney de l’époque, les chaînes Disney n’existaient pas, pour voir un pauvre Mickey, il fallait être motivé. À la sortie de l’école, des types tout nu sous leur manteau attiraient les enfants en leur montrant des photos de Dingo.

  • Le programme marquant de votre enfance/ adolescence ?

La série Sauvés par le gong. Moi qui étais timide, je rêvais d’être Zack Morris, le collégien volubile, à l’aise, bien coiffé, en un mot : cool. Il m’est aussi arrivé de rêver d’être Kelly Kapowski, lors d’une crise d’identité, mais ça n’a pas duré. Sauvés par le gong, c’était l’insouciance, les sweat-shirts fluo, les baskets Pump. Regarder ça en bouffant des Palmito, à la fin des années 80, c’était clairement ce qu’on pouvait attendre de mieux de la vie.

  • Le programme que vous aimeriez voir revenir à la télé ?

« Ça se discute » (de et avec Jean-Luc Delarue à l’époque), parce qu’on manque aujourd’hui de grands forums dans lesquels les gens discutent, confrontent des points de vue, râlent et protestent, avec une figure au centre qui canalise, écoute et distribue la parole. Les débats de nos jours sont mal gérés, les intervenants attendent de parler, persuadés que leur avis est le bon, et plus personne n’utilise de bloc-notes et de stylo en live pour faire semblant d’écrire des trucs.

  • Votre plateau télé idéal ?

Des radis avec une sauce blanche, une table basse sur laquelle poser ses pieds, une box qui ne bugue, pas (ou si elle le fait, un service client viable, ce qui n’existe pas), un film avec des dinosaures (méchants mais capable d’empathie quand il s’agit de ne pas dévorer un enfant).

Crédits Photos : Christophe Abramowitz / Radio France

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