« Les Anges de la Télé-réalité » : la fin du rêve (pas qu’américain) ?

Janvier 2011 : un nouveau format fait son apparition dans le monde de la télé-réalité, celui du recyclage de personnages d’autres télé-réalité. Peu existent à l’époque, ce sont donc d’anciens candidats de Secret Story, Loft Story ou l’Île de la Tentation qui participent à ce nouveau genre. 11 saisons et 8 années plus tard, des dizaines de télé-réalité ont fait leur arrivée dans le PAF, emmenant avec elles de nouveaux phénomènes, éphémères ou non, mais qui ont tous le même objectif : rester connu dans ce milieu où l’oubli est rapidement de vigueur si on ne fait pas un peu le buzz, ou un peu de télé-réalité, ce qui revient légèrement au même ceci dit.

Voilà les bases sont posées. Maintenant, parlons audiences, chiffres, raisons, conséquences, solutions, Powerpoint et paperboards (c’est faux). Avec trois saisons la même année (2011), il est clair que les débuts des Anges de la télé-réalité n’ont pas été des plus fructueux mais tout de même loin de la catastrophe : de 300 à 500 000 téléspectateurs en moyenne. C’est à partir de la quatrième saison que le phénomène s’accentue avec des audiences beaucoup plus significatives qu’auparavant : une moyenne de 800 voire 900 000 téléspectateurs grâce à de nouveaux candidats restants aujourd’hui des incontournables de l’émission : Nabilla Benattia, Amélie Neten, Capucine Anav ou encore Thomas Vergara. Avec des clashs bien sûr, que seraient ces émissions sans cela ?, mais aussi des séquences devenues culte, entre le shampooing de Nabilla, les crises de jalousie de Marie et son Geoffrey aka Ken ou encore les crises de nerf de Frédérique de Koh Lanta face à des jeunes qui n’en avaient rien à faire d’elle et de son ménage tous les quatre matins.

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À partir de la saison 7, les audiences repartent à la baisse mais les polémiques à la hausse : violence, harcèlement, sexisme, vulgarité… tout ce beau petit monde s’allie dans de nombreux épisodes des Anges, notamment dans la saison 8, qui se verra lourdement mise en garde par le CSA, ayant reçu des milliers de plainte et menaçant de faire passer l’émission en programme de catégorie III, c’est à dire un programme interdit aux moins de 12 ans et donc forcé à être diffusé en deuxième partie de soirée. Coup dur.

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Alors cela a servi de leçon à nos petits winners de la 12, puisque désormais plus trop de polémiques à déplorer, mais cela n’a pas fait revenir les téléspectateurs pour autant, qui désertent désormais NRJ12. Vendredi dernier, seuls 186 000 téléspectateurs (1% de PdA) étaient devant l’épisode inédit des Anges. Ça pique un peu. Moins 700 000 téléspectateurs et 6 points d’audiences en 6 ans, on appelle ça une catastrophe industrielle dans le milieu. Alors on pourrait se dire « Oh mais c’est normal, les vieux ils regardent pas NRJ12, c’est une émission pour jeunes » alors oui mais non. Toujours concernant l’épisode inédit de vendredi, 2.9% des 15-24 ans étaient devant leur télévision. Donc même les jeunes s’en foutent au final. Alors qu’ils étaient pourtant les cibles principales marquées en très très gros sur les communiqués de presse il y a quelques années avec pas moins de 38,6% des 15-24 ans devant leur écran devant les inédits de la saison 5. Incroyable d’y penser et impensable aujourd’hui. Alors comment expliquer cette baisse considérable des audiences en quelques années ?

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Netflix, Youtube et Instagram : les nouveaux médias incontournables

D’abord, on ne peut nier le délaissement des jeunes pour la télévision. On ne cesse de le répéter c’est vrai, mais c’est réel : la télévision n’attire plus la jeunesse (on dirait que j’ai 87 ans alors que j’en ai 19, c’est triste), Netflix et YouTube ont eu raison du petit écran. Exit l’attente du petit épisode inédit des Anges et autres télé-réalité, on préfère d’une part regarder le replay pour ceux qui en ont le courage mais surtout binge-watch des séries et regarder des lives gaming sur Twitch. 2019 quoi. Mais attention, loin de là l’idée que la télé-réalité a complètement quitté le cerveau des jeunes. Que nenni. C’est désormais Instagram et Snapchat qui ont volé la vedette pour suivre les péripéties palpitantes des personnages de télé-réalité : stories, posts sponsorisés… ce sont 1, 2 voire 3 millions de personnes qui suivent chacun de ces « influenceurs », leurs aventures quotidiennes, parfois minute par minute, sur les réseaux sociaux, alors pas étonnant que les programmes de télévision où on les voit bronzer et faire des tours de chameau n’intéressent pas…

Un programme laissé à la noyade par NRJ12

La baisse d’audience s’explique également par la programmation non pas hasardeuse mais plutôt résignée de la chaîne, qui cale son programme entre Le Jour où tout a Basculé et la série The Big Bang Theory. Disons qu’on a vu mieux niveau lead-in et lead-out. Car à l’époque, l’émission bénéficiait d’un préambule bien plus attractif : Le Mag de la télé-réalité, présenté par Matthieu Delormeau, Ayem Nour, Caroline Receveur, Martial Betirac, Benoît Dubois ou tantôt Karima Charni, en clair toute personne qui avait besoin d’un peu de notoriété. Car oui avant d’être un brillant chroniqueur à Touche Pas à Mon Poste, Matthieu Delormeau était LA star de NRJ12, un animateur respecté et respectable qui savait faire de bonnes émissions et des bonnes audiences (pas moins de 800 000 téléspectateurs pour son Mag de la Télé-réalité à la belle époque), c’est dire si l’époque a changé.

Un programme plus si original que ça

Pourtant précurseur dans son domaine, celui de la télé-réalité « recyclage » d’anciens candidats venus de divers émissions, Les Anges a dû subir cette multi-concurrence au même horaire sur les autres chaînes de la TNT : celle de La Villa des cœurs brisés sur TFX mais aussi des Marseillais ou des Princes et Princesses de l’amour sur W9. Le recyclage perpétuel des mêmes personnages n’a également pas arrangé les choses, bien au contraire : cela n’a fait qu’accentuer les effondrements d’audiences de chacun, montrant donc la véritable lassitude des téléspectateurs à l’égard de cette multitude de programmes similaires.

La chute d’audience des Anges de la télé-réalité n’est évidemment pas un cas isolé mais bien un phénomène global qui pose la question sur l’intérêt à continuer de diffuser ces émissions de recyclage à longueur d’année. Et à l’heure où plus aucune télé-réalité ne propose de nouveaux visages, Secret Story ayant été abandonné par le groupe TF1 l’année dernière, les sociétés de production peuvent-elles réussir à renouveler le genre de la télé-réalité et attirer de nouveau le jeune public ? Pour l’instant, c’est loin d’être gagné. Quelqu’un reprendra un FitTea avant de partir ?

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