‘Vernon Subutex’ : et soudain, l’ennui

À l’heure où Netflix nous sort chaque mois multiples séries toutes plus attirantes les unes que les autres, créations originales ou simples mises en catalogue de séries diffusées sur les chaînes de télévision classiques, le groupe Canal s’affaire plus méticuleusement à la confection de séries originales qu’elle produit en quantité beaucoup plus restreinte que la plateforme américaine. Et contrairement aux émissions programmées sur ses chaînes, les séries signées Canal ont pour la plupart le don d’être particulièrement qualitatives, de la géniale Engrenages, la récente Hippocrate en passant par la courte Calls. Dernière en date : Vernon Subutex. Non ce n’est pas un nom de médicament mais bien le nom de la nouvelle création Canal, tout droit tirée de la série romancière du même nom écrite par Virginie Despentes (que je n’ai pas lu, précision qui a peut-être son importance, que sais-je). Si les trois premiers épisodes ont été diffusés sur le canal 4 lundi dernier, l’intégralité de cette première saison est déjà disponible sur MyCANAL. Alors faut-il regarder les neuf épisodes de cette nouvelle série ? Le Plateau Télé vous donne son avis. Tremble ‘Telerama’.

Une certaine allégorie de l’ennui

De quoi que ça cause vous allez me dire ? Si on en croit le synopsis écrit par ‘AlloCiné’, Vernon Subutex conte l’histoire d’un « disquaire au chômage, qui se fait expulser de son appartement. En quête d’un endroit où dormir, Vernon sollicite d’anciens amis de la bande de Revolver, son mythique magasin de disques, dont Alex Bleach, rock-star sur le retour. Mais celui-ci meurt d’une overdose et lui laisse trois mystérieuses cassettes vidéo. Alors que Vernon disparaît dans l’anonymat de la ville, il devient l’homme le plus recherché de Paris… » Bon trêve de blabla, Devant Vernon Subutex, on s’ennuie. À mort. Un vide abyssal s’empare de nous dès le premier épisode et il ne nous quitte plus. On suit Romain Duris dans une sorte d’épopée parisienne, aux alentours des Buttes Chaumont, et à partir de là il ne passe rien, mais vraiment RIEN. On part tantôt à Barcelone, tantôt à Cannes mais même ces périples n’arrivent pas à nous transporter. Alors au début, on se dit « C’est le début, ça se met tranquillement en place, attendons de voir la suite » à l’instar de nombreuses séries où l’on a besoin de quelques épisodes pour se rendre compte que cette dernière est excellente. Mais ici, et ce très vite, on comprend que cette série va rester sur un encéphalogramme plat, très plat, trop plat même.

Et pourtant la série aurait pu partir sur de bonnes bases avec une pléiade d’acteurs jouant bien leurs rôles mais n’arrivant pas à les développer convenablement, les épisodes de 35 minutes n’aidant pas évidemment. Mystérieusement, Romain Duris arrive à rester attirant, malgré cette allure non-chalante et ce look de vieux rockeur à la retraite tirant rapidement vers le sans-abri à la dérive, pull camionneur aux allures marronnasses sur les épaules et cheveux longs abîmés par la rue. Mais même avec cette légère attractivité, on ne s’attache pas à ce personnage, qui se laisse dépérir à mesure que les épisodes s’enchaînent. Le seul personnage pour lequel j’ai éprouvé un sentiment d’inquiétude est Colette, le bouledogue français qui fait son apparition à deux ou trois reprises dans la série, c’est pour dire…

Fuyez

Impossible de parler de cliffhanger ou autre spoiler avec cette série, dans la mesure où il n’y a rien à dire. Mais étrangement, je suis allée au bout. Face à tant d’ennui, on se dit qu’à un moment, il va bien se passer un truc, un meurtre, des coups de couteaux, l’arrivée d’un extra-terrestre, qu’importe mais quelque chose de palpitant. Que nenni. Même les engueulades et bagarres qui s’immiscent de temps à autre dans les scènes n’ont aucun intérêt, servant sûrement à ce qu’on ne s’endorme pas complètement. Alors j’ai attendu, attendu jusqu’à la dernière minute que cette série me surprenne, en vain.

315 minutes. Plus de 5 heures de perdues. Et une déception de voir une série Canal aussi inintéressante, quand d’autres ont été de totales réussites. Évidement diffusés en crypté, les trois premiers épisodes de Vernon Subutex ont attiré 498 000 téléspectateurs, soit 2.2% de part d’audience. Un lancement pas des plus grandioses, là où les débuts de la saison 7 d’Engrenages ont été regardés par 761 000 personnes, 615 000 pour ceux de la première saison d’Hippocrate. Sur ce, je vais aller me regarder le cross-over Joséphine Ange Gardien x Camping Paradis car ça, ça avait de la gueule.