[Eurovision] Laurent Marsick : « Ce que vous verrez à l’Eurovision, vous ne l’entendrez nulle part ailleurs »

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Cette semaine, ‘Le Plateau Télé’ a convié les plus grands experts de l’Eurovision pour nous raconter la singularité de cette compétition et se livrer au jeu des pronostics. On continue avec Laurent Marsick, journaliste culturel qui officie tous les matins dans Laissez-vous tenter sur RTL et qui couvre l’Eurovision depuis 2003.

LPTV : Pourquoi il faut regarder la prochaine édition de l’Eurovision ?

Laurent Marsick : Parce que, plus que jamais, à un moment où l’Europe vacille, il faut s’accrocher à l’idée des pères de l’Eurovision qui était d’installer durablement la paix en Europe en fédérant autour de programmes culturels communs (entre autres) tous les peuples d’Europe. L’Eurovision s’est construit sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale, et l’idée que la culture et la chanson puissent unir les peuples rend ce programme beau et noble. Il est considéré par certains chez nous comme kitsch, quoique cela tend à disparaitre, c’est même devenu « camp ». Il est culte dans des pays dont on n’entend jamais parler en dehors des compétitions de foot… L’Eurovision, on a beau le répéter, fédère les téléspectateurs devant un programme unique le temps d’une soirée… générant une audience aussi dingue que celle de la finale du Super Bowl. Il faut regarder aussi parce qu’il sera intéressant de voir ce qu’Israël en fera. Les embuches ont été nombreuses pour en arriver là, financièrement et politiquement parlant. Et puis comme le signalait notre confrère de ’20 Minutes’ l’an dernier : des chercheurs de l’Imperial College de Londres ont publié une étude dans la revue ‘BMC Public Health’ dans laquelle ils ont analysé les données de l’enquête Eurobaromètre, effectuée par la Commission européenne, sur plus de 160.000 personnes vivant dans 33 pays européens de 2009 à 2015. Cette étude montre que les habitants des pays participant à la grande finale de l’Eurovision ont 13 % de chance de plus que les autres d’être satisfaits de leur vie. Alors juste pour être un peu plus heureux… branchons nous sur l’Eurovision.

Quels sont vos candidats préférés (sans aucune considération de classement) ?

Pour l’histoire et le personnage : Bilal (NDLR : Hassani). Parce que voilà un garçon qui, en dehors d’Internet, n’avait pas réalisé tous ses rêves et qui du jour au lendemain est devenu le porte-drapeau de tout un pays avec cette idée si simple : « Je suis ce que je suis, soyez ce que vous êtes ». C’est exactement l’esprit Eurovision, et c’est ce que j’aime dans cette compétition… Les costumes sont totalement dingues, les candidats s’émancipent sur scène, la qualité vocale n’est pas toujours au rendez-vous, mais on a presque envie de dire « qu’importe »… Ce vous verrez à l’Eurovision vous ne l’entendrez nulle part ailleurs… C’est ça l’esprit Eurovision… C’est bien pour ça aussi qu’on voit un immense fossé entre les votes des jurés pro et ceux du public. J’aime beaucoup la chanson de Duncan Laurence (NDLR : représentant des Pays-Bas), la douceur de cette balade qui justement colle bien avec l’air du temps, cette idée de reconstruction nécessaire indispensable après une rupture (dans son cas amoureuse). Musicalement je trouve que ça tient la route… et puis rendons grâce à la persévérance des Pays-Bas qui depuis 1975 n’ont plus remporté le concours… Et puis je trouve que c’est une sacré performance… Duncan a 25 ans et déjà auteur, compositeur et interprète avec une maturité dans sa voix incroyable… et encore une fois un texte qui me touche. J’aime beaucoup la Suisse, avec Lucas Hanni… là encore un phénomène le garçon… autodidacte musical… Sa chanson, mélange de pop et de sonorités orientales lui donne un air de fête… C’est l’essence même de l’Eurovision qui se retrouve dans ce titre…

Quelle chance de victoire pour Bilal Hassani ?

1 chance sur 26.

Qui pourrait créer la surprise ?

Hatari le groupe BDSM islandais, totalement barré. Ils disent vouloir faire régresser l’ordre mondial socio-economico-capitaliste… Leur conférence de presse d’après répétition était dingue, debout répondant à coté de la plaque… Voilà c’est ça l’Eurovision… Des gens qu’on va aduler le temps d’une soirée et qu’on aura oublié l’an prochain mais avec qui on aura passé un bon moment.

On finit avec un prono : qui voyez-vous finir aux 3 premières places ?

Il faudrait être devin… J’ai arrêté de faire des pronostics depuis Lisa Angel, qui a terminé 25ème sur 27 avec un total de 4 points avec une chanson sur la guerre (14/18) et à qui on a reproché, non pas d’avoir mal chanté, mais d’avoir porté un sujet bien plombant. Et l’année suivante en 2016… qui gagne ? Jamala pour l’Ukraine avec quoi ? Une chanson sur la guerre et la déportation… « 1944 »… Il y avait, et je persiste, quelque chose d’injuste pour Lisa. Depuis ce jour-là, j’ai arrêté de perdre des bières en pariant…

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