Le clash : cette (nouvelle) pratique incontournable

Politiques, télé-réalité, émissions de débats : aujourd’hui tout le monde cherche le clash, la petite punchline, le petit mot de trop, cette petite interpellation à autrui qui lui permettra peut-être de transformer une discussion banale en moment de télévision, visionné à outrance, détourné parfois, repris toujours.

Clash (n.m) : (familier) Anglicisme. Conflit. Désaccord. En bref, l’embrouille. La bagarre.

Aujourd’hui, rares sont les semaines sans polémique, sans clash à la télévision. Et même si on a tendance à croire que ce n’est qu’un phénomène très récent, découlant des émissions de Pascal Praud, des débats politiques ou des gueguerres Hanouna / Barthes, il n’en est rien. Il y a plusieurs dizaines d’années, le terme de « clash » n’était pas forcément d’actualité mais le résultat était le même : des disputes parfois violentes, avec insultes ou non (enfin souvent quand même), sur des plateaux télé, ça n’a finalement rien de nouveau. Sur le plateau de Bernard Pivot, Serge Gainsbourg traitait déjà de « connard » Guy Béart pour un différend à propos de l’Art. Plus posé que Gilbert Collard certes, mais on pouvait déjà parler de clash.

Autre archive : sur le plateau de Droit de réponse, ambiance nuques longues, cigarettes à outrance et café du commerce, un clash arrive de nulle part, tout le monde parle en même temps, on y comprend rien. On voit juste au loin un homme gesticuler et balancer un verre dans la foule puis Michel Polac tenter de faire lancer le générique « sur une musique de Pia Colombo ». On notera l’utilisation du klaxon du Tour de France pour tenter de calmer les esprits…

Et les exemples sont encore nombreux. Non le clash n’est pas le reflet de notre époque, où les uns se montent contre les autres en permanence. Mais aujourd’hui, il est devenu une marque de fabrique, un outil de médiatisation et une façon pour certains d’exister.

Quel meilleur exemple dans l’univers du clash que celui des candidats de télé-réalité ? De Secret Story aux Anges, en passant par Les Marseillais et même Koh-Lanta, aujourd’hui plus aucun candidat de ces émissions n’arrive à exister sans ces petites engueulades, souvent futiles et aux origines parfois incompréhensibles. Comment ne pas se rappeler d’Amélie Neten, spécialiste en règle des coups de gueule, à base de « ça va hein » toutes les deux minutes alors que visiblement ça n’allait pas fort fort.

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Et Dieu sait que les autres émissions ne sont pas en reste dans le milieu du clash. Le plus connu ces dernières années : le « clash » Cyril Hanouna VS Yann Barthes. À coups de piques et de tweets, les deux animateurs se livrent une guerre d’égo depuis des années, bien que visiblement apaisée ces derniers temps. Mais pour combien de temps ? Car si l’orage semble passé, Cyril Hanouna sait à quel point ce combat a pu être utile dans ses émissions. Mais si, vous savez, quand Yann Barthes lui lançait une pique et qu’il promettait dès 19h qu’une réponse cinglante allait arriver dans les minutes à venir, mais qui arrivait vers 21h, obligeant le public assoiffé de clashs à rester devant son écran.

Car oui, nous pouvons dire ce que nous voulons sur cette technique du clash à tout prix, mais nous aimons ça. Preuve en est avec le dernier clash en date : Daniel Cohn Bendit VS Gilbert Collard sur le plateau des européennes chez TF1 dimanche dernier. Des « connard », « crétin » et « ordure » à tout va, que quelques cinq à six millions de Français ont pu savourer en direct sur leur écran. Twitter s’emballe alors et parle d’une séquence lunaire, incroyable, les gens cherchent alors à savourer à leur tour ce petit moment de télévision mais trop tard : le spectacle est terminé. Mais on vous a remarqué bande de petits curieux puisque le pic d’audience de la soirée électorale de TF1 a été enregistré à 20h54, soit 2 minutes après le clash entre les deux politiques. 6 572 000 personnes étaient alors devant leur écran.

Alors non, le clash n’est pas prêt de disparaître. Il est le fond de commerce de beaucoup, animateurs, chroniqueurs et politiques confondus. S’il n’est pas forcément nouveau, il a tendance à devenir de plus en plus violent et de plus en plus fréquent, au grand désarroi des défenseurs des débats posés, au grand bonheur des chercheurs d’audience.

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