Late-shows français : Camille Combal peut-il réussir à s’imposer ?

Ces dernières années, beaucoup d’animateurs ont tenté d’implanter le late-show, LE format à succès des grilles de programmes américaines, dans notre paysage audiovisuel français. Si le succès a plus souvent été aux abonnés absents pour les Frenchies, la motivation est toujours là pour devenir le nouveau Jimmy Fallon ou Stephen Colbert. Prochain candidat : Camille Combal. Avec sa nouvelle émission Plan C, la nouvelle coqueluche de TF1 mise sur un show à la James Corden pour apporter un peu de nouveauté aux deuxièmes parties des vendredis de TF1. Mais arrivera t-il à s’imposer là où beaucoup d’autres ont échoué ? Analyse des late-shows français de ces dernières décennies.

Ses anciens collègues l’ont déjà tenté

Camille Combal pourra toujours demander des conseils à ses anciens partenaires de jeu de Touche Pas à Mon Poste pour les débuts de son late-show. Avant lui, trois d’entre eux se sont déjà essayés à l’exercice. À l’été 2009, c’est Jean-Luc Lemoine qui s’y colle, avec L’habit ne fait pas Lemoine, diffusé sur France 2 en deuxième partie du samedi soir. 1.39 million (15.6% de PdA) de téléspectateurs devant la première et des audiences stables de semaine en semaine, scores honorables mais l’émission ne sera présente que durant cette période estivale. Il retente sa chance l’année d’après, avec Le Bureau des Plaintes, programmée cette fois ci un mardi soir sur deux, toujours sur France 2. La première de l’émission fera 1.1 million de téléspectateurs, pourtant pas une audience dégueulasse encore une fois mais qui mènera tout de même l’émission à une fin prématurée, en mars 2011.

En septembre 2016, c’est Bertrand Chameroy qui s’essaye à son tour au late-show avec OFNI, l’info retournée sur W9. Partagée entre des audiences souvent moyennes (297 000 téléspectateurs et 3.1% de PDA pour la première) et de très bons retours sur les réseaux sociaux, l’émission se verra déprogrammée en fin de saison suite à de nombreux changements d’horaires, de case et de lignes éditoriales.

Deux mois après les débuts d’OFNI, Cyril Hanouna se dit que l’idée d’un late show n’est pas bête tiens dis donc. Il lance alors le Hanounight Show, diffusé sur Canal+, en crypté, à 23 heures et non disponible en replay, ce qui met quand même pas mal de plomb dans l’aile à l’émission. Côté audiences, Hanouna flirte entre les 50 000 et 100 000 fidèles, audiences insuffisantes qui font basculer l’émission en bimensuelle après quelques diffusions chaque mercredi soir, avant d’être arrêtée en fin de saison 2017.

Les tauliers s’y sont déjà essayés

Tous les grands animateurs français ont cherché à devenir eux aussi les Jimmy Kimmel français, avec plus ou moins de succès. Ardisson est l’un des rares à avoir implanté divers late-shows à la télévision française : il commence en 1988 avec Lunettes noires pour nuit blanche en deuxième partie de soirée d’Antenne 2, émission qui durera 2 ans. S’en suit Double Jeu, de 1991 à 1993, Ardimat, diffusée les deux premiers mois de 1993 puis le mythique Tout le monde en parle, de 1998 à 2006, au succès incontestable, mais qui sera brusquement arrêté suite à un conflit entre Thierry Ardisson et Patrick de Carolis, président de France Télévisions à l’époque.

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« Tout le monde en parle » / France 2

Arthur a aussi tenté sa chance en 1992 avec L’émission impossible sur TF1 chaque vendredi soir. Six mois d’émission et puis s’en va : les audiences et les mauvaises critiques auront eu raison de ce nouveau late-show. Mais qui ne tente rien n’a rien alors Arthur repart pour un nouveau late-show, 18 ans plus tard avec Ce soir avec Arthur, sur Comédie! d’abord puis sur TF1 dès 2013, en alternance avec Vendredi Tout est Permis. Il n’y aura eu que 3 numéros sur TF1, avec des audiences mitigées : entre 1 180 000 et 1 400 000 téléspectateurs, ce qui mènera également à la fin du programme.

Marc-Olivier Fogiel est également de la partie et s’essaye au late-show en 2000 avec On ne peut pas plaire à tout le monde, diffusé en troisième puis deuxième partie de soirée le vendredi sur France 3 pour ses trois premières saisons, avant de passer en prime. La première du 6 octobre 2000 réunit 740 000 curieux (17.1% de PDA). L’émission s’arrête toutefois suite au départ de l’animateur pour M6. Mais cela ne signe pas l’arrêt définitif du late-show, qui renaît sous une nouvelle forme sur le groupe privé avec T’empêches tout le monde de dormir, qui sera diffusé de 2006 à 2008. Comme souvent, les audiences très moyennes de l’émission auront raison de son non-renouvellement (environ 800 000 téléspectateurs à chaque émission. Si les dirigeants de l’époque voyaient les audiences d’aujourd’hui… *rires*).

Laurent Ruquier est un cas un peu à part. Son talk-show On n’est pas Couché diffusé le samedi en deuxième partie de soirée sur France 2 depuis 2006 n’est pas dans les standards des late-shows, notamment avec cette présence de deux polémistes, qui tend l’émission davantage vers l’infotainment que le vrai late-show. Toutefois, si l’on inclut ONPC dans cette catégorie, force est de constater qu’il est l’un des rares à avoir su s’imposer dans le temps, avec des audiences certes en baisse, mais qui ont su rester correctes.

Quant à Jean-Pierre Foucault, il est sûrement celui parmi ces tauliers qui s’en sera sorti le plus mal : seulement quatre diffusions pour son late-show du lundi soir On vous aura prévenu inspiré de celui de David Letterman et diffusé en 2001. Quatre numéros et quatre audiences très très moyennes pour l’époque pour TF1 : 1.5 million (21,5% de PdA), 2 millions (26.2%), 1.37 million (16.9%) puis 1.58 million (17.1%). On ne l’avait sûrement prévenu qu’il ferait un flop.

Certains n’ont jamais vu le jour

Multiples noms ont été annoncés pour un jour, peut être, relancer définitivement, ou du moins le plus longtemps et qualitativement possible, le genre du late-show en France. Certes les noms d’Eric & Ramzy ont circulé du côté de Canal+. Certes, le « futur » Tard Tard Show de Michael Youn serait à la recherche d’un diffuseur (depuis l’année dernière quand même). Mais dans tous les cas, personne n’a de nouvelles des trois trublions.

Alors oui, certains ont réussi à durer plus que d’autres, voire à rester dans les annales de la télévision comme La Méthode Cauet, d’autres s’installent tranquillement, à l’instar de Rendez-vous avec Kevin Razy, diffusé sur Canal+ depuis le 20 février 2017. Quelle est donc la solution pour la réussite d’un late-show ? Doit-on se tourner davantage vers le web et Youtube, plateforme plus libre et plus tournée vers les jeunes ? Le journaliste Maxime Riou s’était d’ailleurs essayé pendant une année à l’exercice du late-show avec « SWIFT », diffusé en direct sur Youtube.

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« Rendez-vous avec Kevin Razy » / Canal

Camille Combal aura donc du pain sur la planche pour essayer d’effacer derrière lui les nombreux échecs qu’ont dû affronter ses collègues. Se rangera t-il du côté d’Ardisson ou de la dizaine d’animateurs qui n’ont pas duré ? Et même si l’époque n’est plus la même que pour certaines émissions citées dans cet article, les critiques sur les réseaux sociaux mais surtout les audiences auront tout de même le dernier mot pour Plan C, dont la première sera le 14 juin dès 23h15 sur TF1.